Lettre du père Giussani à la Fraternité di Communion et Libération à la suite du pèlerinage annuel à Lorette - Luigi Giussani

Lettre du père Giussani à la Fraternité di Communion et Libération à la suite du pèlerinage annuel à Lorette

Luigi Giussani Traces - juillet-août 2003

22/06/2003


Chers amis,

Après le pèlerinage à Lorette, la personnalité de la Mère de Jésus Christ a joué un rôle dont je comprends maintenant à quel point il est décisif, clarificateur pour le charisme que l’Église a reconnu comme origine de notre chemin.
Je vous envoie le texte de certaines de mes réflexions en vous demandant humblement de demander tous les jours à l’Esprit de nous donner l’aide nécessaire, comme aux premiers Apôtres.
Je vous assure que j’essaierai d’accompagner toute interrogation, tout doute ou incertitude, pour que notre cœur reste fidèle.
O Vierge mère, et fille de ton Fils,
humble et plus haute qu’aucune créature,
terme fixé d’un Éternel Conseil


1) L’hymne à la Vierge de Dante coïncide avec l’exaltation de l’être, avec la tension ultime de la conscience de l’homme en présence de la « réalité », qui ne naît pas d’elle-même, mais est faite par un focus ineffable : en effet, la réalité est créée.
Le fait que l’Être demande d’être reconnu par l’homme est le drame suprême. C’est le drame de la liberté que doit vivre le moi : l’adhésion au fait que le moi doit être continuellement exalté par une renaissance du réel, par une re-création qui, dans la figure de la Vierge, commence à s’émouvoir de l’Infini. La personne de la Vierge est la naissance de la personnalité chrétienne.
Le principe fondamental du christianisme est la liberté, qui est la seule traduction du caractère infini de l’homme. Et cette infinitude se découvre dans la finitude que l’homme expérimente.
La liberté de l’homme est le salut de l’homme. Or, le salut est le Mystère de Dieu qui se communique à l’homme. La Vierge a totalement respecté la liberté de Dieu, elle a sauvegardé Sa liberté ; elle a obéi à Dieu parce qu’elle a respecté Sa liberté : elle n’y a pas opposé de méthode à elle. Là est la première révélation de Dieu.
L’Être se « co-étend » à la communication totale de Lui-même, l’Être arrive à toucher tout ce qui l’entoure et pour lequel Il a été fait, et c’est précisément dans la communication totale de Lui-même que cela (la co-extension) survient et se réalise, qu’il parvient jusqu’à toi. Pour cela, la virginité (« Vierge mère ») coïncide avec la nature de l’être réel dans la formule de la totalité de sa révélation. La virginité est l’être réel. « Vierge mère » : vierge parce qu’éternelle. « En tes entrailles se ralluma l’amour / dont la chaleur en l’éternelle paix… » Dont la chaleur : mais qui est ce poète qui emploie un terme aussi concret ? C’est de la Virginité éternelle que surgit la virginité de la maternité. Ainsi, « Vierge mère » désigne la modalité éternelle par laquelle Dieu communique Sa nature. « Vierge » vient avant « mère » : « vierge » est selon la nature de l’Être, la splendeur de l’Être ; « mère » est l’instrument utilisé par l’Être pour se communiquer.
Vierge : il n’existe rien de plus péremptoirement et définitivement suscité par Dieu comme créateur de tout (il serait beau d’aller lire les passages de l’Exode, du Deutéronome, du Livre de Ben Sirac, d’Isaïe) que la virginité. La première mesure de la valeur d’un moi, du créé, de n’importe quelle chose créée, l’absolu est la virginité. La première caractéristique par laquelle l’Être se communique est la virginité. C’est le concept de pureté absolue, dont la conséquence, absolument vertigineuse, est la maternité. La virginité est maternelle, elle est mère du créé. C’est une maternité que la virginité. Là réside la consistance exprimée et atteinte de l’Être : la perfection a pour point lumineux la virginité, la chaleur de la virginité, la richesse de la maternité.
La Vierge est la méthode qui nous est nécessaire pour acquérir une familiarité avec Jésus Christ. Elle est l’instrument utilisé par Dieu pour entrer dans le cœur de l’homme. Et Dante est le plus grand poète de notre espèce : il fait une théologie de Marie qu’aucun autre n’a jamais faite. Soit l’on sent le premier tercet de Dante grandir dans son cœur, soit ce tercet devient une pierre qui écrase. Le Mystère dont procède le créé, le Mystère dans lequel est maintenu et s’achèvera le créé, c’est la Vierge. « Vierge mère, et fille de ton Fils » : ce vers désigne le sens total du créé comme acceptable par l’homme, c’est-à-dire offert à l’homme. Ainsi, dans le sein de Marie a émergé l’Esprit créateur, l’évidence de l’Esprit.
« Terme fixé d’un Éternel Conseil » : telle est la parole qui définit la nature de ce qui existe ; dans son aspect définitif, c’est l’expression de la puissance créatrice de Dieu. Ce « fixé » ne représente pas une entrave à la liberté de Marie, parce que le terme « fixé » est une suggestion qui vient de l’Éternel, qui confirme l’œuvre de Dieu. Ainsi, la première partie de l’hymne de Dante est l’exaltation de l’éternel. C’est cela qu’il faut rallumer dans notre esprit et celui des croyants : l’amour pour Jésus Christ, pour le Christ qui est l’Éternel Conseil. Tout appartient à l’éternel. Terme fixé d’un Éternel Conseil : c’est le dessein ultime, premier et ultime du créé. C’est un éternel conseil, c’est quelque chose qui vibre et qui s’appelle éternité.
En réfléchissant sur la lettre du Pape pour les vingt ans de la Fraternité, la question est devenue plus claire à mes yeux : l’Esprit Saint est la réalisation providentielle du terme ultime d’éternel conseil : c’est le point fixe défini de la création de l’Esprit, du génie de Dieu.
« Conseil », c’est percevoir la dimension infinie, inaccessible, invincible de l’Esprit Saint. Cela révèle la raison qui justifie la méthode de l’Incarnation. Sans ce passage, on ne comprendrait pas la Mère du Christ.
Pour l’homme, tout ceci ne peut apparaître que comme méthode suprême de la liberté de Dieu : la liberté de Dieu est l’infini pouvoir qui fixe, qui établit dans son regard l’œuvre de l’Esprit : Veni Creator Spiritus, mentes tuorum visita.
Ces choses-là, il faut les lire aussi avec humilité, parce que Dieu te destine à l’éternel, Il te fait éternel parce qu’Il te destine à comprendre qui tu es et que cela advient dans les espaces infinis du temps.

2) La personne, le « tu » de la personne est le lieu de la noblesse génératrice garantie, dans la conscience continue (toujours supérieure à elle-même) de la grande promesse, qui domine toute l’action de l’Esprit : Dieu crée l’homme et représente l’invasion du désir, c’est un désir sans fin, comme l’est pour nous le feu d’un dynamisme infini par rapport à une source provisoire. Dieu est la mesure de l’invasion du désir, puisqu’Il est la mesure du désir. Ce n’est qu’en ayant Dieu à l’esprit que l’on s’aperçoit que ce que l’on porte est une source sans limites.
Cela veut dire que l’Esprit suscite chez l’homme la parole, le dessein, qu’Il le définit. Et cette parole coïncide avec un pouvoir missionnaire, c’est-à-dire qu’il retourne sur les champs de sa propre terre comme un défi provocateur.

3) La totalité de l’engagement d’une personne rend « un », unique, ce qui serait une lumière de participation provisoire : formule éternelle ultime du Mystère amoureux, le drame vertigineux dans lequel le « tu » précipite, de l’intérieur de toutes les choses, dans une étreinte cosmique.

4) L’amour est ainsi la formule de participation à ce qui resterait simplement éphémère.
Spiritus est Deus, l’Esprit est Dieu, mais l’Esprit de Dieu est amour : Deus charitas est (l’essence de la Trinité sont les trois personnes qui s’aiment). L’essence de l’Être est amour, telle est la grande révélation. Ainsi, toute la loi morale est totalement définie par le terme « charité ».

5) La charité brille donc comme la seule forme de la moralité qui apparaît comme extase d’espérance, inépuisable espérance. « Tu es d’espoir fontaine vive ».
L’espérance passe comme lumière dans les yeux et comme feu dans le cœur de cet Être qui définit la récompense de l’attente humaine : ce n’est pas une récompense parce que le moi est bon, mais parce que le moi vit l’extase de l’espérance.
L’espérance est une formule vivante, joyeuse et, dans son élan, dans la pureté de son contenu, elle dicte l’image de toute l’humanité : la charité comme forme de la moralité.
Comme lorsque Jésus s’est trouvé devant le jeune homme riche : « Va, vends ce que tu as et suis-moi ! » ; ces paroles étant la forme de la moralité, le garçon n’avait pas beaucoup de force et ne L’a pas suivi.
Tout ce qui arrive est grâce, et toute la grâce réside dans ce « Tu » dans lequel survient l’accomplissement.

6) Dans le cœur de l’homme, de la miséricorde au pardon et à la richesse sans fond, la joie s’épaissit comme une lumière sans fin, qui assure l’intensité de la bonté créatrice.

7) La « musique » humaine est la scène où tout arrive : et le Mystère devient le peuple humain et le « chœur » de l’Infini. Ainsi se réalise une emphase de la personnalité chrétienne : on se lève le matin pour aller à la messe, pour se faire soigner, pour aller travailler, pour les enfants… on se lève à cause d’une explosion en soi-même du fait de Jésus Christ !


Tous mes vœux, à vous, à vos familles et à vos communautés.


Père Luigi Giussani


[publié sur Traces, juillet-août 2003, Parole entre nous, « Émus par l’infini – Lettre à la Fraternité de CL », Milan, 22 juin 2003]

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