L’idée de Fraternité - Documents

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Décret de reconnaissance

Rome, 11 février 1982

L’idée de Fraternité

Notes d’une conversation avec don Giussani au Conseil de la Présidence de CL, le 5 Octobre 1993

Intervention de Don Giussani à la première diaconie centrale de la Fraternité

Montecassino, 11 octobre 1981

L’idée de Fraternité

Notes d’une conversation avec don Giussani au Conseil de la Présidence de CL, le 5 Octobre 1993

Le point de départ de la discussion d’aujourd’hui m’a rappelé l’origine de l’idée de la Fraternité. À cette époque, on tenait déjà des assemblées de responsables. À ce moment-là, elles avaient habituellement lieu près de Varese (à Leggiuno, à la Domus Mariae). Environ 250 personnes y participaient. Une
fois, un dimanche, j’eus cette idée, je fus frappé par cette idée : ils sont grands, ils sont mûrs, ils sont adultes, ils ont la responsabilité de boutiques, d’usines, ils ont la responsabilité d’initiatives dans leur travail, ils sont responsables de bureaux, ils ont surtout la responsabilité de leur famille, qui est la société la plus importante pour la nature, et ils ne devraient pas avoir de responsabilité, ils ne devraient pas ressentir une responsabilité mûre pour leur sainteté ?
Ce fut la première idée qui me vint à l’esprit. Si vous vous en souvenez, je l’ai dit de manière explicite : vous êtes adultes, de même que vous avez la responsabilité de choses humaines, de faire grandir des choses humaines, de même vous devez avoir la responsabilité de votre chemin vers le destin. Responsabilité : donc on ne s’occupe plus de vous comme des petits, on ne vous dirige plus comme des jeunes, on ne vous incite plus à agir comme pour des étudiants. Vous devez vivre votre chemin d’homme vers le destin, qui s’appelle chemin de sainteté, vous devez vous en rendre compte vousmêmes et l’assumer comme votre responsabilité !
La seconde idée fut la suivante. Le mouvement nous a habitués à percevoir la méthodologie chrétienne dans chaque mouvement d’engagement et de réalisation de la personne. Or, la méthode chrétienne d’événement de la personne est celle de la communion : c’est seulement si la personne se « traduit », se traduit elle-même, dans une communion vécue et de ce fait dans une communauté, que son effort peut être soutenu. Alors je propose que votre vie soit caractérisée par ce fait : que vous vous mettiez librement ensemble en constituant un groupe (pour ne pas toujours employer le mot « communauté »), dont l’origine peut être de n’importe quel genre : amitié, connaissances, préférences, proximité de travail ou proximité occasionnelle, locale, paroissiale. Vous souvenez-vous que je vous avais dit cela, presque textuellement ? Vous vous mettez ensemble, et un prêtre peut alors appartenir au groupe comme n’importe lequel d’entre vous, en faisant prévaloir en lui le fait du Baptême, non pas celui de l’Ordination, et de ce fait il s’agit encore plus pour lui d’une aide sérieuse.
Il ne faut pas que le groupe soit trop grand : 20 ou 25 personnes, et il doit être libre et spontané. Le contenu de la reconnaissance de votre groupe doit être, lorsque vous vous voyez, de ressentir la nécessité de vous aider afin que votre foi grandisse. Ainsi, toute la réalité de la valeur du groupe doit consister dans l’estime et l’amour que chacun doit avoir pour faire grandir la foi de l’autre.
Cela doit avoir plusieurs conséquences : en premier lieu, la prière commune, ne serait-ce qu’un Ave Maria par semaine, c’est une façon de parler, mais que vous priiez ensemble, qu’il y ait une expression de prière commune. En deuxième lieu, l’approfondissement de la connaissance de la foi, donc l’École de communauté. En troisième lieu, la charité réciproque : si vous voyez que l’un d’entre vous ne va pas bien, le minimum que vous puissiez faire est de lui téléphoner, ensuite si l’un d’entre vous a un père très âgé, qu’il doit aider et ne sait pas comment s’y prendre, vous devez assurément essayer de l’aider.
C’est exactement la même idée que nous avons trouvée, d’un point de vue sociologique, dans le célèbre passage de MacIntyre que nous avons lu en début d’année. La même idée. J’avais dit à ce moment-là : la multiplication de ces groupes constitue l’enracinement du mouvement dans la société, c’est une influence dans la société.
Comme l’un d’entre vous l’a rappelé, j’ai d’abord dit cela de façon radicale, c’est-à-dire comme si un groupe de Fraternité devait être un groupe de personnes résolument vouées à cela. Puis, comme personne ne « se voua », les mois passèrent, des rencontres eurent lieu sans que rien ne change.
Alors j’ai renouvelé cette proposition en des termes réduits au strict minimum : « Je vous recommande la Fraternité, au moins l’inscription. Pour vivre la Fraternité, il faut s’inscrire et – deuxième recommandation –, au moins en tant qu’expression qui représente le détachement des choses terrestres et l’amour des choses célestes, ou pauvreté comme l’on dit en termes chrétiens, donner son obole au fond commun mensuel. S’inscrire et donner son obole au fond commun mensuel, en maintenant en premier lieu la prière en commun et en second lieu l’obéissance aux directives du
mouvement, ce qui veut dire rester au sein du mouvement. »
C’est ainsi que se constituèrent les groupes de Fraternité, ils se multiplièrent (je ne sais pas combien il y en a, des centaines et des centaines), les inscriptions devinrent régulières, les Exercices spirituels eurent lieu tous les ans, avec des résultats toujours meilleurs, les retraites mensuelles commencèrent, ici et là.
Mais il y a un mois, à peu près un mois, c’est comme si une étoile filante avait explosé sur la grange de l’Enfant Jésus. Une femme, qui est magistrat, est venue me voir pour me dire qu’avec quelques-unes de ses amies (et, qui sait, peut-être, aussi leurs maris), elles voulaient constituer un groupe comme une maison du Groupe Adulte : il ne s’agissait pas de se mettre ensemble dans une maison, mais d’avoir une règle et une direction (elle m’a vraiment dit : « Un prêtre pour
nous diriger », ce qui n’est pas la même chose que dans
le Groupe Adulte). Vous allez penser que c’est une bêtise, mais j’ai été particulièrement frappé, parce que c’était un retour à la radicalité initiale. C’était le signe que le niveau, même sous-jacent, du désir du bien entre nous avait beaucoup grandi, c’était le signe que le mouvement avait fait pousser une graine, avait fait croître des consciences. Une évidence m’est venue à l’esprit : si cette impulsion se multipliait, grandissait !
C’est une véritable renaissance, au sens strict du mot.
Assurément, il y a quelqu’autre cas, il y a d’autres cas. Nous devons donc prier Dieu et nous engager avant tout à faire grandir cette réalité, que nous ne pouvons faire grandir qu’en
en faisant partie : non pas en prêchant, mais en en faisant partie. La différence avec le début de la Fraternité, c’est que l’ambiguïté n’est plus possible : elle existe ou elle n’existe pas, on ne peut pas se donner l’illusion de la faire, si on ne la fait pas. À ce moment-là, on pouvait s’en donner l’illusion.
Ainsi, maisons du Groupe Adulte, maisons consacrées à Dieu, Fraternité : c’est la même chose, le même phénomène. C’est le Baptême qui rend mûr au point d’être les protagonistes d’une nouvelle réalité humaine, dans le monde. J’ai toujours dit : si les membres du Groupe Adulte étaient 100 000, l’Italie en serait un peu bousculée. Mais il ne s’agissait pas du même raisonnement, celui-ci est plus global. Nous devons prier la Vierge pour qu’elle nous donne la grâce de devenir des
témoins, ne serait-ce que du commencement de cette renaissance : c’est seulement ainsi, comme le dit le sociologue MacIntyre, que peut naître une digue capable d’arrêter le retour de la barbarie.

Traces (édition spéciale), Mai 2002

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