Intervention de Don Giussani à la première diaconie centrale de la Fraternité - Documents

Intervention de Don Giussani à la première diaconie centrale de la Fraternité

Montecassino, 11 octobre 1981

1. Comment est née la Fraternité de CL
Dans l’histoire du mouvement de Communion et Libération, ceux qui sortaient de l’université et se mariaient, assumant ainsi une physionomie adulte dans la société, ont toujours senti l’urgence de pouvoir continuer une vie communionnelle. Après quelques tentatives de réponse à cette exigence (v. Groupes de communion) et une certaine période d’égarement (coïncidant avec la période postcontestataire), pour répondre
à une demande exprimée par de nombreux universitaires qui venaient de terminer leurs études, naquit, à la fin des années 70, une tentative appelée « Confraternité », un nom qui voulait suggérer le contenu et l’image de l’expérience. Le phénomène historique de la Confraternité fut perçu comme l’expression emblématique des exigences que nous ressentions l’exigence spontanée d’abord et réfléchie ensuite, de vivre la foi et de s’engager avec elle, et cela conjointement au droit de pouvoir librement s’associer et agir ensuite dans l’Eglise et la société.
Par la suite, l’abbé du Mont-Cassin, Son Excellence Matronola, nous donnant l’occasion d’accomplir un geste pour le quinzième centenaire de la naissance de saint Benoît,
fit naître en nous l’idée de constituer une association laïque qui, s’appuyant sur l’abbaye duMont-Cassin, donnerait une forme stable aux tentatives de confraternités effectuées jusque-là.
Ainsi naquit un nouveau mouvement, « Fraternità di Comunione e Liberazione »(1), qui s’accrut rapidement et se diffusa non seulement en Italie et dans d’autres nations
européennes, mais également dans d’autres continents.

2. La “Fraternité de CL” veut être l’expression consciente et engagée, c’est-à-dire
mûre, de l’histoire du mouvement de CL.

Elle veut être le niveau auquel toutes les intuitions, qui, par la grâce de Dieu, nous ont animés et nous animent, peuvent se réaliser, que ce soit au sens de “prendre conscience” d’elles-mêmes, ou au sens de les mettre en pratique.
Cela ne signifie pas qu’il soit nécessaire d’adhérer à la Fraternité pour être de CL, mais que la Fraternité est un élément de stabilité et de totalité dans la responsabilité de l’expérience qu’est la vie du mouvement.
La “Fraternité de CL” a pour but d’assurer l’avenir de l’expérience du mouvement et son utilité pour l’Eglise et pour la société à travers la continuité de l’éducation et, comme conséquence de cette éducation, la construction d’oeuvres dans les structures de la société ecclésiastique et civile. Je considère donc ici les personnes qui s’engagent pleinement.

3. L’adhésion à la Fraternité est un choix personnel:
elle naît comme une nécessité personnelle pour vivre sa propre foi et pour réaliser sa propre physionomie chrétienne. C’est l’unique raison adéquate. Dans ce sens, l’adhésion est totalement libre et responsable l’individu a la totale initiative de cet engagement.
On ne peut donc plus décharger sur une structure son propre chemin (comme cela peut se produire chez les jeunes et les universitaires).
Pour adhérer à la Fraternité, il est nécessaire de présenter une demande d’admission, qui, si elle est acceptée, permet au futur membre d’entrer dans l’association. Cette demande est toujours un acte personnel et non un choix opéré par un groupe.

4. Contenu de cet engagement
a. Vivre la foi dans l’esprit que le mouvement a toujours souligné la foi consiste à reconnaître l’événement d’une présence, Dieu rendu présence, qui continue dans l’histoire à travers la présence d’une communion, à travers la présence de personnes qui se reconnaissent réunies en son nom.
b. Immanence à la Fraternité comme compagnie. Cela signifie se concevoir soi-même immanent à cette compagnie, selon la globalité des facteurs de la vie et comme conscience et image de soi-même. Le sens de cette compagnie est d’être un fait vocationnel et sa valeur est d’ordre anthropologique, puisqu’on ne peut concevoir un homme chrétien si ce n’est à l’intérieur d’une compagnie vécue. L’immanence à
cette compagnie comprend l’adhésion à sa structure organique (selon ce qui a été établi par le statut) et l’obéissance à la direction centrale (Diaconie centrale).
Cette disponibilité à la compagnie va jusqu’à impliquer les aspects matériels (argent, temps, énergie…) considérés selon la conscience personnelle de sa propre appartenance à la Fraternité, en fonction du but commun.

5. Une communionnalité exprimée fait partie de la méthode d’aide à la foi.
La comparaison et l’analogie en sont données par l’ordre religieux-monastique.

La communionnalité exprimée demande de rendre aussi objective que possible l’unité dans laquelle nous nous reconnaissons. L’explicitation d’une communionnalité est donc un engagement, une implication de la vie entière, au point que ce qui arrive à l’autre ne peut plus être sans incidence sur sa propre vie et sans engagement de sa propre vie (ceci à tous les niveaux, du spirituel au matériel). Cette implication est vraie lorsqu’elle se vit dans la liberté de chacun. La communionnalité de la vie est un principe
avec lequel juger soi-même et les choses qu’on fait, plutôt que d’être une quantité de choses à faire. Si bien qu’il n’y a pas de véritable communion sinon à travers le filtre de l’historicité et du tempérament de chacun. Il faut qu’on voie que nous ne faisons qu’un, il faut que le monde voie que les chrétiens ne font qu’un. Si nous ne poursuivons pas ce but avec discrétion et liberté de coeur, et donc dans la joie de l’esprit, qui d’autre le fera ?
Nous devons donner l’exemple de ce que veut dire ne former qu’un, explicitement, expressément, selon la liberté et l’historicité de sa propre personne. En règle générale,
cette réalisation de la communion est au contraire renvoyée à des formes particulières ou est exigée de façon moraliste.
L’explicitation de la communionnalité signifie :
a. avant tout la recherche d’un chemin commun et donc une aide spirituelle (se réunir pour la prière, se retrouver pour des journées de retraite et d’exercices spirituels…)
b. la possibilité d’une vie commune, donc une aide sociale
c. une aide matérielle réciproque.
La traduction de cette communionnalité se vérifie et se réalise par-dessus tout au niveau
de la Fraternité en tant que telle (comme appartenance à la totalité de la Fraternité – à la compagnie telle qu’elle est guidée et structurée – autrement la solidarité de groupe élimine la charité de mouvement), même si au niveau régional et diocésain il existe un responsable comme instrument de service pour les différents groupes dans lesquels le mouvement de la Fraternité prend consistance. Les éléments essentiels et caractéristiques que chaque groupe doit avoir sont :
a. un responsable indiqué par le groupe lui-même et reconnu par le responsable diocésain (ou bien si cela venait à manquer par le responsable régional)
b. une règle de prière
c. un moment de rencontre commun et régulier
d. un engagement opérationnel précis en fonction du but commun.

Observations sur l’oeuvre
L’oeuvre nous est indiquée par notre vocation historique c’est le mouvement. Cet engagement exige de la part de tous ceux qui vivent la Fraternité une opérationnalité intelligente et généreuse qui se traduit, aussi bien au niveau des personnes qu’au niveau des groupes, dans des engagements précis et dans des réalisations spécifiques, en fonction de l’oeuvre qu’est le mouvement.
Méthodologiquement, cela signifie convertir ses propres initiatives, ses propres activités et ses expériences de travail à la réalité du mouvement.
Corollaire : le Centre (Diaconie centrale) pourrait porter un certain jugement sur la nécessité pour le mouvement d’une action particulière. Il est juste que les personnes et les groupes adhérant à la Fraternité fassent tout le sacrifice possible pour soutenir cette action avant d’en entreprendre d’autres, ou qu’ils privilégient cette action par rapport à leur propre initiative spécifique.
N.B. Ce que nous avons dit jusqu’àmaintenant souligne clairement le fait que la genèse de l’appartenance à la Fraternité est la conscience de sa propre foi chrétienne éveillée par le mouvement, une maturité dans le désir d’une réalisation adulte et donc la création d’une communionnalité qui soit un instrument pour réaliser le but du mouvement et donc de l’Eglise. Le résultat de cela est lemouvement, dont l’expression est la multiplication d’initiatives. Le chemin décrit va de la foi aux oeuvres.
Mais il peut aussi exister une trajectoire inverse certains se réunissent pour une initiative commune, et ensuite, pour donner à cette initiative une consistance (on comprend par là qu’il faut un engagement plus sérieux avec la foi), ils la traduisent en Fraternité.
Une personne qui désire participer à une initiative peut être admise dans la Fraternité à condition que ses choix personnels et les perspectives de l’engagement soient clairs.

Fonds commun
Comme témoignage d’une conception communionnelle de ses revenus, chaque adhérent à la Fraternité participe directement au fonds commun de la Fraternité en s’engageant à verser mensuellement un pourcentage (fixé par lui-même) de son salaire.
Là où un groupe doit soutenir économiquement une initiative qui lui est propre, cette dernière devra être discutée avec la Diaconie centrale.


(1) Le 11 février 1982, sur la demande de nombreux évêques et l’encouragement du Saint-Père lui-même,
le Conseil pontifical pour les laïcs – qui a pour tâche de discerner les nouveaux charismes des mouvements
et des associations laïcs – accordait à la Fraternité son plus haut grade de reconnaissance ecclésiale, en la
déclarant Association de droit pontifical avec plein effet.

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